Baisse du prix du pétrole, les vrais enjeux

Alors qu’elle vient de se terminer, la COP21 a peu pris en compte un élément essentiel : la réalité actuelle du marché mondial de l’énergie. Il est pourtant majeur et tout à fait inédit. Le prix du pétrole ne cesse de baisser depuis un an et demi. Vendredi, il est descendu à 38 dollars le baril, le niveau le plus bas depuis sept ans. Cette situation résulte d’une concurrence féroce que se livrent les pays producteurs de pétrole, notamment l’Arabie Saoudite, et les Etats-Unis. Avec l’essor du gaz et du pétrole de schiste, les Américains pèsent désormais 10% du marché mondial. Leur production crée un excédent d’offre qui provoque un effondrement des prix. Leur propre production de pétrole représente désormais 60% de leur consommation contre 40% il y a seulement quelques années. Et ils sont désormais indépendants en gaz naturel ; ils vont même commencer à en exporter à partir de début 2016.

Dès lors, les Etats-Unis sont devenus de véritables concurrents des pays producteurs du Moyen-Orient, au premier rang desquels l’Arabie Saoudite. Pour cette raison, l’OPEP a décidé il y a dix jours de ne pas réduire sa production pour continuer de « casser les prix » et maintenir ses parts de marché face aux Américains. C’est ce qui a entraîné à nouveau les prix à la baisse cette semaine.

Cette nouvelle donne a profondément et durablement changé la géopolitique mondiale. Les équilibres du marché du pétrole deviennent moins sensibles aux événements au Moyen-Orient. Auparavant, toute tension politique dans cette région provoquait une hausse des cours. Et les conflits, comme les deux guerres du Golfe ou la guerre Iran-Irak, avaient fait flamber les prix de l’or noir. Aujourd’hui, la région est touchée lourdement par l’Etat islamique. Deux pays producteurs de pétrole, la Syrie et l’Irak, sont le théâtre d’opérations de guerre, et, pourtant, les prix continuent de baisser ! C’est du jamais vu. Il y a encore deux ans, cette situation aurait fait flamber le baril. Le marché connait aujourd’hui un équilibre classique d’offre et de demande, beaucoup moins sensible au contexte géopolitique.

Cette situation va certainement durer. Et alors que les pays du monde entier s’engagent pour l’essor des énergies renouvelables, leur développement risque d’être ralenti. L’Agence internationale de l’énergie prévoit qu’en 2040 elles ne représenteront que 20% du mix énergétique mondial. Malgré tous ces efforts, le pétrole, le charbon et le gaz continueront à peser chacun environ 25% du marché.

La chute des prix du pétrole est une bonne nouvelle pour les pays consommateurs, comme la France, mais ce n’est pas une bonne nouvelle pour les énergies renouvelables, car leur différentiel de prix avec les énergies carbonées (pétrole, gaz et charbon) va s’accroître. Même si ces dernières années le coût des énergies renouvelables a beaucoup baissé, par exemple dans le solaire, elles auront probablement besoin de plus de subventions pour atteindre les objectifs de la COP21, et en France, ceux de la loi de transition énergétique. Dans cet environnement de marché, la mise en place d’une taxe carbone apparaît comme un dispositif clé pour financer les subventions aux renouvelables nécessaires à leur développement.

 

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